Saga de la Famille Treilles

Moi, Rémy Treilles, suis issu d'une famille peu ordinaire. Des deux côtés, il y a des contradictions. Je vais essayer de mettre un peu d'ordre dans ce grand capharnaüm.

Cela commence à la fin du 18ème siècle, peu après la Révolution.

La famille Treilles de Soulatges était noble et avait plusieurs enfants. L'un d'eux, vieux célibataire de cinquante-deux ans, tomba amoureux de la fille de la fermière, qui n'en avait que vingt-cinq, au service d'un cousin qui habitait le Duc, à quelques kilomètres de là. Les nuits de pleine lune, par un sentier à travers bois, il rejoignait sa jolie brune, qui l'attendait avec émoi.

Son père, ayant eu vent de la chose, voulut mettre fin à ces ébats; à cette époque, il n'était pas question que l'on ose faire une mésalliance, même pour un joli minois. Il commanda à sa valetaille de s'entourer de grands draps blancs et de grimper sur les arbres qui longeaient le chemin, afin de faire croire à des fantômes qui dissuaderaient le galant de se rendre à ses rendez-vous nocturnes.

Le fils comprit le subterfuge et très vite décida d'épouser sa jolie muse, que cela plaise ou pas.

Il en résulta comme conséquence que le maître le déshérita sur-le-champ, et qu'il perdit son titre de noblesse en même temps.

De ce mariage non conforme, il ne vécut qu'un seul enfant mâle. Prenant modèle sur son père, il attendit l'âge de cinquante ans pour épouser une jeune et gentille bergère nommée Elisabeth, qui lui donna six enfants.

En ce temps-là, la tuberculose faisait rage, beaucoup de familles étaient touchées, et il ne resta que deux gosses, le plus jeune, Louis, et l'aîné, Auguste.

Auguste, vers l'âge de vingt-huit ans, épousa Marie-Louise Buisson, et ils devinrent mes grands-parents. C'est en rendant visite à sa cousine, qui habitait aussi au Pereyrol, qu'il fit la connaissance de la voisine, un joli brin de femme, me dit-on.

Laissant la ferme du Duc à son jeune frère, il vint après son mariage habiter chez ses beaux-parents.  La propriété n'étant pas grande, Grand'père décida tout de suite de faire le scieur de long. C'était un travail très pénible, il fallait bien connaître le métier, mais il était très solide et avait trouvé un bon associé.

Pendant plus de vingt ans, sans relâche, il scia des poutres et des planches, se déplaçant sur les chantiers.

Il travaillait du petit jour au crépuscule, sans se permettre un jour de congé. Au Pereyrol, la Grand'mère très active, aidée de ses parents, s'occupait de la famille et des champs.
Et c'est ainsi que, pièce après pièce, ils mirent de côté pas mal d'argent. Lorsque la maison de Soulatges fut à vendre, ils purent la payer comptant (huit mille francs-or en napoléons de vingt francs), en 1898.

Pour Grand'père, quelle réussite que de retourner en conquérant dans l'ancienne demeure d'où furent chassés ses grands-parents!  Leur famille se composait de quatre garçons et une fille:

Paul, né en 1875
Constant, né en 1881
Osmen, né en 1883
Berthe, née en 1887
Elisée, né en 1893
-Paul (agriculteur) épousa Anna Armand, une voisine de Soulatges, et ils eurent huit enfants :
Arthur, né en 1902, marié à Laure Lancon (surnommée Lily)
Arthur et Laure eurent quatre enfants : 2 garçons Georges et Gilbert, 2 filles : Raymonde et Simone
Georges s'est marié à Edith Ledoux (deux garçons, dont Martial, né en 1970, marié, qui a une fille et 3 garçons : Reynald, Sheerazade, Akime et Nejibe)
Georges s'est remarié à Marie-Françoise Boudot (deux filles : Marie Laure, née en 1981, et Stéphanie, née en 1987)
Stéphanie, fille de Georges, s'est mariée avec Frédéric Boiteau et a une fille, Sydney, née en 2007.
André, né en 1904, marié à Adrienne (sans enfants)
Jeannie, née en 1906, célibataire
Edmée, née en 1908, mariée à Gaston Valence (un garçon)
Paulette, née en 1913, mariée à Germain Caillet (deux garçons, Francis et Daniel)
Lina, née en 1915, célibataire
Thélie, née en 1918, mariée à Auguste (six enfants)
Yvette, née en 1920, mariée à Charles Raoux (sans enfants)

-Constant (gendarme) épousa Léa Treilles, sa cousine, fille de Louis, frère du Grand'père du Duc, dont il eut trois enfants :
Yvonne (sans profession), née en 1910, mariée à Pierre Flayol (un garçon)
Henry (viticulteur), né en 1912, marié à Léa Ménard (deux enfants : 1 garçon, 1 fille)
Gabriel (instituteur), né en 1919, marié à Emma Chapuis, dite Manou (deux garçons)
-Osmen (instituteur), épousa Marie Esquillan (institutrice), et ils eurent deux filles :
Yvette (enseignante), née en 1913, épousa Vu Van Hoï (commerçant) (six enfants : 3 garçons, 3 filles, dont Florelle, mère de Luc Attimont , webmestre de ce site)
Osmen-Marie, dite Osmène, (enseignante), née en 1915, célibataire (deux enfants: 1 fille, 1 garçon)
-Berthe (institutrice), épousa Charles Raoux (instituteur), et ils eurent deux filles :
Hélène (médecin), née en 1921, mariée à Georges Bergé (professeur) (trois enfants 1 garçon, 2 filles)
Simone (professeur de musique), née en 1922, mariée à Pierre Brémeau (médecin), sans enfants.
-Elisée (cultivateur), se maria à Germaine Samuel, demeurant à La Falguière, et ils eurent cinq enfants :
Daniel (cultivateur), né en 1919, marié à Simone Bruc (deux enfants : 1 garçon, 1 fille)
Rémy (chef d'armaturage), né en 1924, célibataire.
Odile (sans profession), née en 1929, mariée (trois enfants : 1 garçon, 2 filles)
Claude (ajusteur mécanicien), né en 1932, marié à Josette Lardon (deux enfants : 1 garçon, 1 fille)
Yvan (éleveur), né en 1934, célibataire.
-Constant et Marie Esquillan, étant veufs tous les deux, décidèrent de se marier, pour réunir les enfants des deux familles (cinq enfants en tout). De ce mariage naquirent six enfants de plus :
Marcel (coiffeur), né en 1920, marié à Yvette Labrousse, d'Aigues-Mortes (cinq enfants : 2 garçons, 3 filles)
Louis (coiffeur), né en 1921, marié à Jeanne Henrot, belge, (trois filles)
Edmond (cadre aux Galeries Lafayette), né en 1922, marié à Carmen, espagnole (cinq enfants : 3 filles, 2 garçons).
Aimé (carreleur), né en 1926, marié à Marie-Louise, dite Mylise, belge, (six enfants : 3 garçons, 3 filles)
Colette (sans profession), née en 1928, mariée à Pierre Chalanché (policier) (sept enfants : 4 garçons, 3 filles)
Mireille (infirmière puéricultrice), née en 1933, mariée à André Chèle (cadre en bâtiment) (trois filles).
J'ouvre ici une parenthèse pour vous parler en détail des grands-parents, ce couple qui a toujours fait mon admiration.

Ils ont passé soixante ans de vie commune, partageant tour à tour joies et peines. Ils ont connu des fortunes diverses, mais ils ont toujours fait face avec le coeur.

Le travail, c'était leur devise. Ils avaient un grand sens de l'économie. Souvent, Grand'mère passait une partie de la nuit à confectionner à la machine des chemises et autres habits. Elle n'hésitait pas à mettre des pièces et à repriser les chaussettes trouées. Ce n'était pas dans leurs habitudes de jeter les vêtements à demi usés. Un jour, elle avait fait mettre à Grand'père une chemise passablement rapiécée. Il travaillait dans une terre, lorsqu'une certaine voisine vint lui parler. Elle se moqua de sa "bardette" (bât rembourré pour les ânes), disant que sa femme avait fait du bon travail. Alors, sans tourner la tête, il répondit en souriant- « Je préfère ma bardette qui m'appartient, plutôt que ta jolie robe, que tu dois encore au marchand ».

Il n'en était pas toujours de même. Je me souviens, lorsque j'étais enfant, de les voir partir à la foire; ils étaient vraiment élégants.

A cette époque, régnait une grande misère. Des familles entières étaient dans le plus grand dénuement. A neuf ou dix ans, les enfants n'allaient plus à l'école ; ils étaient placés dans les fermes pour garder les moutons.

L'hiver, quand il y avait de la neige, qu'il faisait vraiment mauvais temps, Grand'mère taillait dans le fond de ses vieilles robes de petits habits pour ces pauvres enfants. C'était sa façon à elle de faire un peu la charité.

Comme en ce temps-là c'était la mode, Grand'mère avait tout de suite pensé à ce que son fils Osmen mette en nourrice sa petite fille Yvette dans une famille de Prunet, hameau voisin de Soulatges.

Ces gens-là étaient très pauvres, avec plusieurs enfants ; pour eux, c'était une bonne chose que de recevoir un peu d'argent. Au bout de quelques semaines, le bébé n'avait pas pris un seul kilo.  La grand'mère se rendit un matin chez eux à l'improviste et surprit la brave femme trempant du pain dans du jus de champignons pour nourrir l'enfant.

Bien sûr, on peut imaginer la suite : elle prit la petite sur-le-champ, et il ne fut plus question de nourrice; elle resta auprès de ses parents. Moralité : le jus de champignons est excellent pour la santé, c'est la meilleure eau de Jouvence : Yvette vient de fêter ses 84 ans et n'a pas dit son dernier mot.

Remarque d'enfant : A l'approche de l'hiver, Grand'mère changeait de forme. Elle prenait de l'embonpoint. En fait, c'est qu'elle était très frileuse et se bourrait le corps de sept ou huit corsages et autant de cotillons.

Je reviens un peu en arrière, afin de mieux préciser la dynastie des ancêtres de Grand'père, grande famille du passé.

D'après les dires de Mr Carrière (homme de culture), les Treilles, avant la Révolution de 1789, habitaient le château de la Boissonnade, à deux kilomètres de Sainte-Croix-Vallée-Française. Comme la famille était grande, et composée de garçons, chacun dans les environs acheta de grandes maisons. L'un deux s'installa à Sainte-Croix même ; un autre à Molezon, commune de Blasse ; un troisième au Duc, commune du Pompidou ; et le dernier à Soulatges.

Après le départ précipité de l'aïeul de Grand'père, un de ses jeunes frères monta à Paris. Il y fit soi-disant une brillante carrière et revint plein aux as au pays. Il fit construire la grande bâtisse dans un but bien précis : avoir le plus de place possible pour faire des magnaneries.

L'élevage des vers à soie s'avérait très rentable, et devenait source de richesses pour les Cévenols. En effet, monsieur Treilles, en trois ou quatre récoltes, récupéra le prix que lui avait coûté la maison. mais, très vite, les vers à soie furent atteints d'une terrible maladie, ce qui brisa la vie de nombreux pauvres gens.

Par la suite, le fils du notable quitta la ferme pour épouser une riche héritière de Saumadres, dans le Gard. A la mort du père, assez rapide, Soulatges fut mis en fermage à une brave famille, qui y resta jusqu'à la vente du domaine.

C'est par un pur et triste hasard (si l'on peut dire), que mes grands-parents purent acquérir Soulatges. Les fermiers étant dans les lieux depuis longtemps, se proposaient d'acheter la propriété, lorsque, subitement, la fermière vint à mourir. Alors, le mari renonça à l'achat de la maison pour en prendre une autre, plus petite, dans les environs.

Toussaint 83
Vue générale du Pereyrol (3 maisons)
celle de Rémy (à gauche), de Germaine (en bas à droite) maintenant à Robert et celle d'Odile et Gaby (en haut à droite)


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